Atlas Social du Mans

Enjeux d'aménagement et inégalités territoriales

Végétalisation des trottoirs dans les quartiers résidentiels du Mans

par Nathalie Buchot

planche publiée le 13 avril 2026

Au Mans, la végétalisation participative des trottoirs révèle des inégalités spatiales et environnementales. Leurs largeurs conditionnent l'accès à l'embellissement urbain et à une sensorialité partagée. Lancé en 2018 et enrichi en 2020 via l’initiative citoyenne comme le groupe Facebook « La flore mancelle, celle qui nous rend la vie plus belle », le dispositif « trottoirs fleuris » questionne la justice dans l'aménagement urbain. Si les trottoirs étroits limitent les fleurs sauvages à une biodiversité spontanée tandis que les larges autorisent des plantations structurées, au risque d'exclure les piétons vulnérables, comment est-il possible d’y remédier ?

1En 2018, la municipalité mancelle met en place le dispositif des « trottoirs fleuris », fondé sur une autorisation de végétaliser le pied de façade assortie d’une charte de végétalisation, qui sera à nouveau délibéré en conseil communautaire, en 2025 afin d’en préciser les modalités techniques et son caractère réglementaire. Entre-temps, en 2020, cette politique est devenue participative avec notamment l’appui du groupe Facebook « La flore mancelle, celle qui nous rend la vie plus belle ». Certains habitants font alors part du caractère discriminant de ce dispositif urbanistique : seuls les trottoirs larges peuvent accueillir une bande plantée conforme aux normes d’accessibilité tandis que les trottoirs étroits restent consacrés aux fleurs sauvages. À mesure que des dispositifs techniques sont mis en place pour résoudre ce problème d’injustice spatiale et environnementale, les trottoirs s’affirment comme un enjeu majeur d’aménagement urbain. S’ils permettent, à toutes et tous, de marcher en sécurité piétonne à partir de chez soi, permettent-ils de vivre dans une sensorialité urbaine et d’y contribuer ? Que nous disent ces micro-espaces de notre rapport au monde végétal ?

Inégalités de participation florale

2En 2018, à l’initiative du dispositif « trottoirs fleuris », en végétalisant la façade de sa maison, située sur les quais (Fig. 1) Jacques Gouffé, élu écologiste et vice-président du Mans Métropole, donne l’exemple. Il sera suivi par l’humoriste Steevy Boulay, avenue du Général Leclerc (Fig. 2), près de la gare mancelle. Tous deux disposent d’un trottoir d’une largeur d’1,65 m. Il est donc possible de creuser une fosse de 25 cm et d’y planter ses végétaux selon la charte établie à cet effet. Chaque habitant est invité à demander l’autorisation et à signer une charte d’engagement et de respect de la voirie. L’action politique et citoyenne d’embellissement de la ville est lancée. Seulement, tout le monde n’habite pas sur un trottoir large de 1,55 m pour pouvoir y créer une fosse de 15 cm minimum.

Fig. 1 - Première façade fleurie, quai Ledru-Rollin

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Sources : N. Buchot, avril 2022.

Fig. 2 - Deuxième façade fleurie, avenue du Général Leclerc

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1 - Bande aménagée tout le long de la façade

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2 - Bande fleurie sur cette même façade aménagée

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Sources : J. Figueiredo, avril 2022.

4En 2020, Nathalie Buchot, adjointe au Maire du Mans et déléguée à la Nature en ville, reprend ce dossier avec Rémy Batiot, vice-président à l’urbanisme et voirie. Ensemble, ils relancent ce dispositif avec une démonstration vidéo à l’appui de cet aménagement végétal.

Fig. 3 - Mise en place par les services techniques du dispositif

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1 - Bande préparée

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2 - Mise en place de la terre d'accueil

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Sources : N. Buchot, avril 2022.

6Dans la foulée, pendant la crise sanitaire liée à la COVID où il est interdit de se déplacer à plus de 5 km ou moins d’un quart d’heure de chez soi, se crée un groupe de cueillette photographique de la flore spontanée et habitante de la ville du Mans sur le réseau social Facebook qui réunit 543 membres, au 2 avril 2026 (Fig. 4). À ce sujet, le journal local Ouest-France publie un article et participe par là même à la diffusion de ce dispositif auprès des habitants. L’action politique qui se voulait citoyenne devient dès lors participative et les discussions avec les membres du groupe affichent un dépit : tout le monde ne peut pas participer à l’embellissement des trottoirs !

Fig. 4 - Groupe de cueillette photographique de la flore spontanée et habitante de la ville du Mans sur le réseau social Facebook

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Sources : N. Buchot, avril 2022.

Inégalités de participation florale

7En effet, il doit rester 1,40 m de largeur pour autoriser une bande de fleurs afin de donner un accès PMR (poussettes, fauteuils, personnes accompagnées). Or, la ville du Mans dispose d’une grande majorité de trottoirs de moins de 1,60 m et parfois de moins de 1,40 m. Pour le passage libre des piétons, tout nouvel aménagement de trottoirs doit prévoir un passage d’une largeur minimum d’1,40 m. Ainsi, le dispositif révèle un aménagement urbain pédestre citoyen et participatif inégal. Face à ce constat et pour des raisons techniques, les nouveaux trottoirs seront aménagés avec des pavés disposés le long des maisons de ville afin de donner la possibilité de végétaliser l’interface trottoir / bas de façade. Par exemple, lors du pavage initial de l’avenue Voltaire, Cordelet et de la Chasse Royale, les riverains ont été consultés afin de formuler leur souhait de pavage ou de végétalisation le long de leurs façades avant le début des travaux.

8In fine, on assiste à trois formes de pratiques de végétalisation selon la largeur du trottoir et à des végétalisations florales significatives de la relation humaine au végétal : les fleurs sauvages et libres, les fleurs citoyennes et autorisées et les fleurs participatives et modulables.

9 Des fleurs sauvages et libres

10Les trottoirs sont bitumés et étroits. Leur largeur étant inférieure à 1,55 m, la création d’une fosse de 15 cm n’est pas autorisée. Sur ces trottoirs, ne peuvent vivre que des fleurs dites sauvages. Chaque habitant est libre de les laisser vivre à leur bon vouloir. Une relation vivante humaine et végétale s’instaure au pied des portes d’entrée (Fig. 5).

Fig. 5 - Rue Laroche, les Aubretias sont de sortie !

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Sources : N. Buchot, mai 2025.

11 Des fleurs citoyennes et autorisées

12Les trottoirs sont bitumés et larges. Le passage des piétons est facilité par la largeur supérieure à 1,55 m. La création d’une fosse de 15 cm minimum peut être autorisée. Les habitants peuvent faire leur demande d’autorisation de création d’une fosse par les services municipaux de la ville qu’ils pourront planter et entretenir eux-mêmes, par la suite. Une poésie végétale micro-géographique s’égrène au fur et à mesure dans les rues (Fig. 6).

Fig. 6 - Poésie végétale, avenue Rubillard.

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Sources : P.-M. Gaucher, octobre 2024.

13 Des fleurs participatives et modulables

14Les trottoirs sont bitumés, étroits et pavés le long du mur de la façade des habitations. De cette manière, après autorisation pour une simple vérification de l’étanchéité du pied de façade et la bonne tenue des réseaux souterrains par les services municipaux, des blocs de pavés peuvent être retirés par les habitants (Fig. 7) qu’ils conserveront tandis que d’autres choisissent de faire pousser des fleurs librement et spontanément (Fig. 8). Selon les imaginaires, des massifs floraux enchantent peu à peu la ville mancelle.

Fig. 7 - Un trottoir fleuri s’est ouvert ! Avenue Gambetta

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Sources : N. Buchot, juillet 2024.

Fig. 8 - Ça pousse entre les pavés, avenue de la Libération

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Sources : P.-M. Gaucher, avril 2023.

Une végétalisation des trottoirs plus inclusive

15Cette démarche participative de végétalisation des trottoirs met en lumière la manière dont une politique d’embellissement urbain peut, en pratique, renforcer ou corriger des inégalités. Lorsque les trottoirs les plus larges concentrent les possibilités de fleurissement autorisé, cette politique d’embellissement urbain invite à considérer les normes d’accessibilité dans les choix d’aménagement comme enjeu central de justice spatiale et environnementale.

16En perspective, le développement de trottoirs pavés ouvre la voie à une urbanisation plus inclusive, intégrant une participation habitante, une gestion écologique des eaux pluviales et une valorisation de la flore spontanée. Avec une centaine de trottoirs fleuris par les habitants sur l’ensemble de la ville, il devient possible de créer des parcours piétons cartographiés et partagés.

17Continuer à essaimer ces micro-paysages floraux permet de faire valoir une ville apaisante, sensorielle et vivante où, sur le chemin de l’école, caresser de sa main d’enfant les fleurs hautes comme trois pommes ; sur le chemin d’un rendez-vous, sentir ses yeux baignés de couleurs du haut de son fauteuil roulant ; sur le chemin du retour, laisser son cœur s’apaiser par les douces senteurs végétales urbaines sera à la fois réel et poétique. Ces expériences sensorielles nous inscrivent dans les pas de Gaston Bachelard : « La poésie (…) réclame une participation à un végétalisme vraiment intime […]. Le monde végétal est grand dans le petit, vif dans la douceur, tout vivant dans son acte vert » (Bachelard G., 2001) et nous ouvre un univers où les pratiques ordinaires de fleurissement de la ville fondent des espaces interstitiels féconds de biodiversité.

18Nous vous invitons à visiter également la planche sur « La végétalisation des pieds de mur à Caen » de l'Atlas social de Caen.

Pour citer ce document

Nathalie Buchot, 2026 : « Végétalisation des trottoirs dans les quartiers résidentiels du Mans », in G. Bailly, A. Gasnier, S. Angonnet, Atlas Social du Mans [En ligne], eISSN : 2968-0247, mis à jour le : 14/04/2026, URL : https://atlas-social-du-mans.fr:443/index.php?id=1004, DOI : en attente.

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Bibliographie

Bachelard G., 2001, La poétique de l’espace (8e édition), Presses universitaires de France. (Édition originale 1957), p. 152.

Charte de végétalisation citoyenne des trottoirs du Mans, Le Mans Métropole, 2025, téléchargement en ligne du pdf, 3 pages.

Flore mancelle, celle qui nous rend la vie plus belle !, groupe facebook de cueillette photographique de la flore spontanée et habitante de la ville du Mans, https://www.facebook.com/groups/2902920723311244.

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Nathalie Buchot

Enseignante-chercheuse contractuelle (CTER), Le Mans Université, UMR 6590 Espaces et Sociétés (ESO)

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Au Mans, la végétalisation participative des trottoirs révèle des inégalités spatiales et environnementales. Leurs largeurs conditionnent l'accès à l'embellissement urbain et à une sensorialité partagée. Lancé en 2018 et enrichi en 2020 via l’initiative citoyenne comme le groupe Facebook « La flore mancelle, celle qui nous rend la vie plus belle », le dispositif « trottoirs fleuris » questionne la justice dans l'aménagement urbain. Si les trottoirs étroits limitent les fleurs sauvages à une biodiversité spontanée tandis que les larges autorisent des plantations structurées, au risque d'exclure les piétons vulnérables, comment est-il possible d’y remédier ?

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