Atlas Social du Mans

Enjeux d'aménagement et inégalités territoriales

Le circuit des 24 Heures du Mans, retour sur cent ans d’histoire

par Louis-Thibault Buron

planche publiée le 06 juin 2023

Situé à l’origine au cœur de la campagne sarthoise, le circuit des 24 Heures du Mans a connu nombre d’évolutions aussi bien de son tracé que de son environnement proche depuis la première édition de la course de 1923. Ces modifications du tracé du circuit résultent à la fois de l’urbanisation progressive de l’agglomération mancelle et de l’évolution des normes de sécurité. Retour sur cent ans de transformations.

Évolution du tracé du circuit du Mans

1À l’origine, le premier circuit de la Sarthe était un triangle long de 103 km reliant les villes de La Ferté-Bernard, Saint-Calais et Champagné. Situé au sud de l’agglomération mancelle, le tracé du circuit du Mans connu aujourd’hui est hérité de celui de la première édition de la course en 1923. Actuellement long de 13,6 km, le circuit a vu son tracé progressivement évoluer.

Fig 1- Tracé du circuit de la Sarthe de 1906

Image

Sources : Géoportail, 2022. Réalisation : L.-T. BURON, ESO Le Mans.

2Les premières éditions des 24 Heures se déroulaient sur un parcours long de plus de 17 km, composé totalement de rues et de routes publiques dont certaines pénétraient dans la ville jusqu’à la Lune de Pontlieue, dans les quartiers sud du Mans. Cependant, face à des vitesses croissantes et à certaines limites techniques des bolides, les organisateurs de l'événement décident très tôt de modifier le tracé en rabotant tout d’abord la pointe nord du circuit à la fin des années 1920 pour finalement quitter l’emprise urbaine d’alors et se retirer dans la campagne sarthoise dès 1932.

Fig 2- Évolution du tracé du circuit du Mans entre 1923 et 1968

Image

Sources : Géoportail, 2022. Réalisation : L.-T. BURON, ESO Le Mans.

3Depuis, le circuit a été peu à peu rattrapé par l’étalement urbain. Si jusque dans les années 1960, le circuit est encore très peu intégré dans le tissu urbain du Mans, c’est à la fin des années 1970 que la ville finit par atteindre physiquement les portes du circuit avec la construction du périphérique routier sud en 1978. L'édification de ce dernier va alors modifier le tracé du virage du Tertre Rouge. Consécutivement à ces travaux, le premier commerce de la future ZAC du Cormier, Leroy Merlin, s’installe en 1980.

4Dans les années 1980, l’urbanisation des communes traversées par le circuit s’accélère. L’extension urbaine de Mulsanne entraîne la construction d’un giratoire au niveau du virage du même nom. Ceci a pour objectif de fluidifier la circulation dans un contexte de périurbanisation et d’augmentation des trajets pendulaires. Cet aménagement conduit à une transformation de l’angle du célèbre virage en raison de la construction d’une bretelle destinée au circuit le long du golf des 24 Heures.

5Durant les décennies 1990 et 2000, le développement de l’activité commerciale et culturelle à la fois au sud du Mans et le long des Hunaudières va s'intensifier. Cette période est marquée par la création de nombreux commerces, équipements culturels (centre Antarès, 1995) et de santé (Pôle Santé Sud, 2005). Enfin, un technoparc apparaît à l’intérieur du circuit concentrant des entreprises en lien avec le sport automobile.

Fig 3- Évolution du tracé du circuit du Mans entre 1972 et 2002

Image

Sources : Géoportail, 2022. Réalisation : L.-T. BURON, ESO Le Mans.

6Depuis 2007, le nord du circuit constitue le terminus du tramway. Il est ainsi desservi par deux arrêts à proximité de la porte du Tertre Rouge et Est permettant d’améliorer son accessibilité en transport collectif depuis la ville. Ce nouvel accès privilégié a alors accéléré l’artificialisation des espaces connexes au circuit avec l’inauguration en 2011 d’un nouveau stade de football. Ces différents équipements ont renforcé et suscité l’essor des activités commerciales et sportives à proximité. La zone commerciale du Cormier autour de Leroy Merlin va notamment se prolonger vers l’est avec les opérations foncières commerciales et immobilières contiguës de Family Village (2010) et de Maine Street (2021), autant d’opérations faisant de la zone un haut lieu commercial rayonnant à l’échelle non seulement de l’agglomération mais aussi du département.

7Le site étant marqué par son histoire automobile, il n’est alors pas étonnant de trouver des concessionnaires automobiles ayant choisi la proximité du circuit pour s’implanter tels qu’Audi en 2011, le Porsche Experience Center inauguré en 2015, Ferrari (Charles Pozzi) en 2016 et Alpine en 2023, auxquels s’ajoutent nombre de sous-traitants de ce secteur (garagistes, carrossiers...).

Fig 4- Insertion du circuit du Mans dans son environnement proche en 2022

Image

Sources : Géoportail, 2022. Réalisation : L.-T. BURON, ESO Le Mans.

8L’installation d’équipements, de commerces et de services toujours plus nombreux renforce l’attractivité économique toujours plus forte autour du circuit induisant une perpétuelle évolution de la zone devenue progressivement un espace multifonctionnel prisé. Si le circuit s’est éloigné du Mans à la fin des années 1920, c’est finalement la ville qui l’a progressivement rattrapé et englobé dans son tissu urbain tout en l’isolant.

Les effets des modifications du circuit sur son appropriation par les sarthois et les touristes

9À l’origine et jusqu’au tournant des années 1970, la totalité du tracé était ouverte à la circulation routière. Depuis les années 1970, des portions de circuit ont progressivement été isolées ne laissant plus qu’une faible partie accessible. La ligne droite des Hunaudières (qui n’en est de fait plus une) est aujourd’hui lacérée par plusieurs giratoires permettant la desserte de zones commerciales. Elle est ponctuée, au sud, d’un giratoire entraînant un détournement de la circulation routière du virage de Mulsanne, il en est de même de celui d’Arnage évité depuis 2017.

Fig 5 - Création d’un carrefour giratoire détournant la circulation routière des virages du circuit

1 - Virage d'Arnage.

Image

2 - Virage de Mulsanne.

Image

Carrefour giratoire sur les virages du circuit.
Dans l’ordre d’apparition :
1 - Virage d'Arnage modifié en 2016 ; ;
2 - Virage de Mulsanne modifié en 1986.

Sources : Géoportail, 2022. Réalisation : L.-T. BURON, ESO Le Mans.

En 1986, un carrefour giratoire accompagné d’une bretelle d’évitement sont édifiés en lieu et place du virage historique de Mulsanne afin de fluidifier la circulation routière. Ceci a pour conséquence la modification du tracé du circuit et l’isolement du célèbre virage du flot quotidien de véhicules. À son tour le virage d’Arnage est évité via un giratoire depuis 2016 sans incidence sur le tracé du circuit.

Fig 6- Portions du circuit accessibles et inaccessibles à la circulation routière en 2023

Image

Sources : Géoportail, 2022. Réalisation : L.-T. BURON, ESO Le Mans.

10La ligne droite des stands, la courbe Dunlop, sa chicane et les esses de la forêt, jusqu’au virage du Tertre Rouge qui rejoint les Hunaudières, ont été isolées tandis que la nouvelle portion de circuit allant du virage Porsche jusqu’aux stands a, dès sa construction, été inaccessible à la circulation routière. En revanche, l’ancienne route du circuit passant par Maison Blanche demeure accessible. En 2023, seul le virage d’Indianapolis reste ouvert à la circulation routière. Par le passé, la possibilité de circuler sur l’intégralité du circuit constituait une attraction très appréciée des Sarthois et des touristes.

Fig 7- Touristes sur le circuit du Mans accessible à la circulation routière en 1957

Image

Sources : J. Daubigney, 1957, archive L.-T. Buron, 2023.

Fig 8- Essai de la Jaguar Type-D par Mike Hawthorn sur le circuit en 1956 - route ouverte

Image

Sur la vidéo « On Board with Mike Hawthorn at Le Mans 1956 | D-type Jaguar » on constate que tout le monde peut circuler sur le circuit (2 min. 20 s.).

Sources : Duke Video sur Youtube, 13 janvier 2017, consulté en mai 2023.

11Parallèlement à l’évolution du tracé du circuit, en raison de l’accident de 1955 qui causa la mort de 84 personnes et fit environ 150 blessés, de premières mesures de sécurité sont décidées afin de protéger le public. Bacs à sable, rails de sécurité, vibreurs, murs, barrières, grillages et zones de dégagement asphaltées sont progressivement installés aux abords de la piste (figure 9).

Fig 9- Un éloignement du spectateur en conséquence d'un renforcement des dispositifs de sécurité

Image

Réalisation : L.-T. BURON, ESO Le Mans.

12Grâce à ces dispositifs de sécurité, aucun spectateur n’a trouvé la mort depuis 1955. En revanche, il est encore à déplorer, depuis 1997, le décès de deux pilotes. Cependant les progrès en matière de sécurité s’accompagnent d’une déconnexion progressive des spectateurs de la course tandis qu’historiquement ces derniers se trouvaient à proximité immédiate de la piste. Ils bénéficiaient certes d’une bien meilleure visibilité mais étaient exposés aux aléas de la course (figure 10).

Fig 10- Vue des tribunes et des spectateurs durant les 24 Heures du Mans 1957

1 - Ligne de départ vue depuis les tribunes en 1957.

Image

2 - Début de la ligne de départ vue depuis les tribunes en 1957.

Image

3 - Vue du Dunlop depuis les tribunes en 1957.

Image

Les 24 Heures en 1957.
Dans l’ordre d’apparition :
1 - Départ type Le Mans ; voiture 1 : Maserati 450 S de Harry Schell et Stirling Moss (abandon) ; voiture 2 : Maserati 450 S Spyder de André Simon et Jean Behra (abandon) ; voiture 6 : Ferrari 335 S de Peter Collins et Phil Hill (abandon).
2 - Préparation au départ ;
3 - Courbe Dunlop durant le course de 1957.

Sources : J. Daubigney, 1958, archive L.-T. Buron, 2023.

13En raison de l’accumulation des dispositifs de sécurité entravant la visibilité sur la piste, associée aux zones progressivement privatisées, la fréquentation des espaces internes du circuit s’avère ainsi plus limitée, là où auparavant, les spectateurs bénéficiaient d’une plus grande liberté de mouvement.

Pour citer ce document

Louis-Thibault Buron, 2023 : « Le circuit des 24 Heures du Mans, retour sur cent ans d’histoire », in G. Bailly, A. Gasnier, S. Angonnet, Atlas Social du Mans [En ligne], eISSN : 2968-0247, mis à jour le : 09/11/2023, URL : https://atlas-social-du-mans.fr:443/index.php?id=828, DOI : https://doi.org/10.48649/asdm.828.

Autres planches in : Aménagement

La prison de Coulaines, une prison en rase campagne, G. Billard, 2012.

La maison d’arrêt « Les Croisettes » : une mise à la marge contrainte ?

par Jean-Philippe Melchior et Gérald Billard

Voirla planche intégrale 

Crédits : Bailly G., Charpentier S., 2023

Gouvernance et gestion du circuit des 24 Heures du Mans

par Louis-Thibault Buron

Voirla planche intégrale 

Source : IGN, 2023.

Du projet de zone commerciale au contre-projet alternatif d’agriculture de proximité

par Arnaud Gasnier

Voirla planche intégrale 

Carte : J. Leroy.

L’hégémonie de l’automobile dans l’aire urbaine du Mans

par Jean Leroy

Voirla planche intégrale 

Photo : J. Leroy.

L’autopartage électrique Mouv’nGo : une mobilité vertueuse dans le périurbain manceau ?

par Jean Leroy

Voirla planche intégrale 

Index géographique

Résumé

Situé à l’origine au cœur de la campagne sarthoise, le circuit des 24 Heures du Mans a connu nombre d’évolutions aussi bien de son tracé que de son environnement proche depuis la première édition de la course de 1923. Ces modifications du tracé du circuit résultent à la fois de l’urbanisation progressive de l’agglomération mancelle et de l’évolution des normes de sécurité. Retour sur cent ans de transformations.

Statistiques de visites

Du au

* Visites : "Nombre de visites qui ont inclus cette page (planche) ou nombre de visites uniques. Si une page a été vue plusieurs fois durant la visite elle ne sera comptabilisée qu'une seule fois".
** Total : sur la période sélectionnée.
*** Hits : "Le nombre de fois que le site ou cette page a été visité(e)".