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Perché sur un plateau à la confluence de la Sarthe et de l’Huisne, le Vieux Mans compte 46 escaliers, dont cinq inscrits au titre des monuments historiques. Nés des contraintes du relief, ils ont été et sont encore des vecteurs d’ouverture territoriale, porteurs d’histoire. Comment les escaliers ont-ils façonné l’urbanisme du Vieux Mans ?
Clément Tychyj a décroché la première place dans la catégorie « Autres participants et participantes (master ou plus, professionnels et passionnés) » lors de la première édition du Concours Carto organisé lors des Rencontres de la Géographie organisées par l'Association des Géographes du Maine (AGM), Le Mans Université.
Cet article a été réalisé pour donner suite à la participation à la première édition du concours cartographique de l’Association des géographes du Maine sur le thème du Mans. L’objectif de cette carte (fig. 7) est de mettre en avant le patrimoine historique des escaliers du Mans. Pour avoir une donnée qui soit relativement bonne sur le nombre de marches par escalier, l'auteur est allé sur place compter les marches. Concernant la difficulté de chaque escalier, la pente entre point haut et point bas a été calculée à partir du MNT Lidar HD de l'IGN. Le choix a été fait d'une classification exponentielle plutôt que linéaire, l'effort perçu croissant plus vite que la pente elle-même à mesure que celle-ci s'accentue. Cette hiérarchisation a permis de construire un parcours historico-sportif reliant l'ensemble des escaliers du Vieux Mans, sur le modèle du trail urbain du Mans, qui slalome dans la cité Plantagenêt pour cumuler du dénivelé sur peu de distance.
1Le Vieux Mans a une particularité forte dans le patrimoine urbain français : sa concentration de plus de 40 escaliers dont 5 d’entre eux sont inscrits au titre des monuments historiques, s’appuie depuis des centaines d’années sur le relief urbain accidenté du Vieux Mans. Ces escaliers de différentes époques racontent une certaine histoire des déplacements dans ce milieu urbain dense.
Un relief qui a façonné l’urbanisation médiévale
2La Cité Plantagenêt est l’épicentre de la ville médiévale et antique du Mans. Appelée aussi « Vieux Mans, la cité est ceinturée par une muraille gallo-romaine édifiée au début du IVe siècle, étant « composée de 26 tours et de 11 portes ». Elle forme un rectangle de 700 m de long sur 400 m de large qui surplombe la Sarthe, reprenant le cardo et le decumanus initiaux du camp romain. Développé sur un éperon rocheux, ce site défensif, choisi dès l’époque gallo-romaine, est témoin d’un relief abrupt depuis la Sarthe descendant ensuite en plateau vers l’est. L’altitude s’élève rapidement de près de 30 mètres en moins de 100 mètres. Ce relief accidenté a très tôt nécessité d’aménager des escaliers taillés dans la pente pour pouvoir relier les bords de la rivière au Vieux Mans. L’escalier est une réponse pratique à une contrainte topographique : franchir un relief trop raide pour une voie carrossable.
3La forme du relief se remarque encore aujourd’hui où la majorité des escaliers se trouvent le long de la Sarthe. Ainsi près de 46 escaliers ont été construits des quais de la Sarthe jusqu’à la place des Jacobins, en passant par la cathédrale Saint-Julien (fig. 1).
Sources : BD TOPO (2026), IGN, Lidar HD IGN, OSM France, Le Mans Métropole (2026). Crédit : Clément Tychyj août 2026.
Fig. 1 - Les escaliers du Vieux Mans
Des escaliers protégés inscrits au titre des monuments historiques
4Inscrits par un même arrêté du 6 avril 1945 : l'escalier de la Grande Poterne (fig. 2A) celui de la Petite Poterne (fig. 2B), l'escalier de la Pierre-de-Tucé (fig. 2C), l'escalier des Ponts-Neufs (XIVe siècle) (fig. 2D) et l'escalier menant à la rue des Boucheries (1693) (fig. 2E). Trois de ces escaliers sont orientés vers la Sarthe tandis que les deux autres sont en direction du centre-ville actuel.
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Fig. 2 - Les escaliers inscrits du Vieux Mans
Les cinq escaliers inscrits au titre des monuments historiques l'ont été par un arrêté du 6 avril 1945, le numéro sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
1 - L'escalier de la Grande Poterne, de la rue de Vaux à la rue de la Porte-Sainte-Anne : notice no PA00109812.
2 - L'escalier de la Petite Poterne, de la rue Saint-Pavin-de-la-Cité à la rue de la Verrerie, notice no PA00109811.
3 - L'escalier de la Pierre-de-Tucé, de la Grande-Rue à la rue de Vaux, notice no PA00109809.
4 - L'escalier des Ponts-Neufs de la place Saint-Pierre, notice no PA00109810.
5 - L'escalier menant à la rue des Boucheries, notice no PA00109808.
Crédit : ESO, 2026.
6Ces escaliers sont pluricentenaires et ont été parfois reconstruits. C’est le cas notamment de l’escalier de la Grande Poterne, qui fut aménagé en 1598 pour relier la cité Plantagenêt à l’ancien faubourg des Tanneries. Il aurait probablement remplacé des plans inclinés jugés moins praticables. Cet escalier se nomme l’escalier de la Grande Poterne car il traverse l’une des quatre portes ou poternes de l’enceinte sur la façade occidentale. Il a de nouveau été reconstruit au XIXe siècle (fig. 3).
Fig. 3 - Peinture des escaliers de La Grande Poterne, Théodore David.
Sources : Le Mans, la Grande Poterne, Théodore David [Le Mans, 1848–Id., 1915], 1890. Huile sur toile, 49,1 x 29,4 cm, Musées du Mans, inv. 10.481. Crédit : ©Musées du Mans.
7En empruntant l’escalier, on peut se rendre compte de l’aspect défensif de la Grande Poterne, lié à son emplacement stratégique (proche de la tour du Vivier) et à sa conception, (des murs épais et un système de fermeture pour barrer l’entrée en cas de danger).
8Cet escalier comme ses voisins témoigne d’une ville qui a dû composer avec son relief plutôt que de le contourner.
Le tunnel de 1877, une rupture dans les usages
9La contrainte du relief a organisé les déplacements des Manceaux et des Mancelles pendant longtemps. Jusqu’en 1877, traverser la cité Plantagenêt d’un côté à l’autre supposait soit d’en faire le tour complet, soit de la gravir par ses nombreux escaliers. Le percement du tunnel du Mans, à l’initiative d’Eugène Caillaux, a permis d’obtenir un axe de circulation transverse plus direct et moins fatigant pour le piéton, reliant directement la place des Jacobins au Pont Yssoir. Ce tunnel relègue les escaliers à un usage de proximité, piéton plutôt que de passage obligatoire. Les flancs du tunnel sont parcourus par des escaliers, qui sont les plus longs avec ses 143 marches (fig. 4).
Fig. 4 - Vue depuis le haut du tunnel Wilbur-Wright

Crédit : ESO, 2026.
Des escaliers de nécessité aux usages de loisir
10Certains escaliers, plus larges, offrent des perspectives recherchées : l’escalier des Ponts-Neufs, majestueux sert de décor aux photographies de mariage, tandis que ceux du tunnel, parmi les plus fréquentés ouvrent une vue sur la Sarthe, les quartiers de la Boussinière et du Pré (fig. 4).
11D’autres escaliers, plus intimistes, racontent une autre histoire de la ville. L’escalier des Pans de Gorron, médiéval, relie la rue homonyme à la place Saint-Michel ; la rue et l’escalier ont abrité des maisons closes du XIXe siècle jusqu’en 1946.
12D’autres escaliers naissent de projets patrimoniaux plus récents : l’escalier du Jardin des Vignes, qui jouxte celui des Boucheries, a été aménagé après des fouilles archéologiques ayant mis au jour d’anciens thermes romains, rue des Fossés-Saint Pierre. L’escalier menant aux vergers côté Sarthe (fig. 5), permet l’accès à ces jardins en terrasse.
Fig. 5 - L’escalier du Verger
Crédit : C. Tychyj, 2026.
Les escaliers aujourd’hui : patrimoine touristique et terrain sportif
13Aujourd’hui, les escaliers figurent en bonne place sur les plans de l’office de tourisme comme itinéraires de visite pour découvrir la cité Plantagenêt. Ils sont aussi investis par les coureurs et coureuses en quête de dénivelé : le tracé du trail urbain du Mans 2026 leur fait la part belle, multipliant les allers-retours pour maximiser le gain de dénivelé sur peu de kilomètres (fig. 6).

Sources : BD TOPO (2026), IGN, Lidar HD IGN, OSM France, Le Mans Métropole (2026). Crédit : Clément Tychyj, août 2026.
Fig. 6 - Tracé du trail urbain du Mans
14Les escaliers du Vieux Mans répondaient d’abord à une contrainte topographique : franchir un relief trop raide pour une voie carrossable. Voies incontournables jusqu’au percement du tunnel Wilbur-Wright, du nom de l’aviateur américain, inauguré en 1877, ils ont connu des usages divers et changeants selon les époques, de passage obligé au loisir, de rue discrète au tourisme patrimonial et sportif. Leur histoire est celle d’une ville qui a dû s’adapter à son relief.

Sources : BD TOPO (2026) IGN, Lidar HD IGN , OSM France, Le Mans Métropole (2026), Monuments historiques. Crédit : C. Tychyj, 2026.
Fig. 7 - Le Vieux Mans, une histoire d'escaliers
Pour citer ce document
Clément Tychyj, 2026 : « Le Vieux Mans, une histoire d’escalier ? », in G. Bailly, A. Gasnier, S. Angonnet, Atlas Social du Mans [En ligne], eISSN : 2968-0247, mis à jour le : 28/09/2026, URL : https://atlas-social-du-mans.fr:443/index.php?id=1011, DOI : en attente.
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Perché sur un plateau à la confluence de la Sarthe et de l’Huisne, le Vieux Mans compte 46 escaliers, dont cinq inscrits au titre des monuments historiques. Nés des contraintes du relief, ils ont été et sont encore des vecteurs d’ouverture territoriale, porteurs d’histoire. Comment les escaliers ont-ils façonné l’urbanisme du Vieux Mans ?
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